Brann Renaud - 2004
Un arrière-plan plus ou moins banal, reproduit avec
une exactitude minutieuse ; des personnages, au
centre du tableau, qui paraissent prendre la pose,
en fixant un objectif imaginaire. Les portraits en
pied qu'a peints Brann Renaud ressemblent
extérieurement à des photographies comme on en fait
en famille ou entre amis. Mais ce n'est qu'en
apparence qu'on est dans un monde connu et familier.
Le paysage ou le décor sont rendus presque abstraits
par la netteté du trait, qui en souligne jusqu'à
l'étrangeté l'immobilité et le caractère
conventionnel. Et les personnages, dans leur
solitude, s'en détachent, comme s'ils n'y
appartenaient pas, comme s'ils venaient d'ailleurs,
comme s'ils ne faisaient que se superposer, avec
leur rêve intérieur énigmatique, à un monde absent.
Dans d'autres tableaux, Brann Renaud isole, avec
leurs similitudes et leurs différences, des éléments
de notre environnement urbain, en introduisant là
aussi dans l'ordinaire apparent des représentations
une distance et un questionnement. Des véhicules
utilitaires sont à l'arrêt et nous tournent le dos,
nous bouchant pratiquement l'horizon, comme si leur
ville n'était pas la nôtre. Et devant différents
chantiers qui, en l'absence de toute activité,
semblent comme arrêtés et figés entre reconstruction
et ruine, un discret panneau de sens interdit semble
chaque fois inviter à se détourner, ainsi que le
fait, dans un des tableaux, un passant.
Jouant ainsi de menus détails ou les juxtaposant ou
multipliant dans un même tableau, Brann Renaud ne
vise pas à être réaliste. Il utilise le réalisme
comme une technique non de reproduction mais
d'interrogation du réel. Il peint la surface des
choses en la rendant par sa précision la plus
transparente possible, afin de donner à voir, à
deviner, à pressentir ce qu'au-dedans elle renferme
ou elle cache.