
Peinture 2005/1994 - Dessins 2006/2008
Une artiste
La peinture d'Ariane Segelstein a affaire au sensible du corps. Traversé par sa difficulté propre ce corps est lui-même une interrogation sur son toucher, ses contours, ses plis, ses rapports dans l'espace. Corps tabou avant toute chose car sujet aux conditions sociales de reproduction et de représentation : délimité, interdit, offert aux yeux avides autant que détourné du regard. Les contours de la figure peinte miment souvent les souvenirs rescapés de l'enfance et l'expérience singulière de son corps de femme. Or peindre au féminin est questionner la matière sensible de ce corps exposé dans sa naïve puissance et dénoncé par le regard de l'autre - corps dangereux toujours aux prises avec les entraves disciplinaires de la culture. Corps dominé et soumis à cette « violence douce et souvent invisible. »
Le questionnement du sensible est aussi une expérience du rapport du corps et de l'espace. Une enquête serrée sur les frontières de la chair et de l'élément au sein duquel elle se meut. Un doute hanté par le principe d'incertitude : contours du corps, plis de la chair et du vide, présence de l'espace dans la torpeur des mouvements...
Souvent, dans la disposition du décor, la matière lumineuse qui sert de fond contraste avec le malaise du corps dans le risque de son exposition. Aveuglement, martyre, honte, révolte des muscles et des nerfs dans la fraîcheur oxygénée des couleurs. Le visage prend les plis du miroir déformant, le bras se tend pour toucher le sol de la réalité, les couples s'entrelacent dans une distance infranchissable. Et, cependant, la grâce peut être aperçue dans le détour d'un vieux cliché et rendue aux aléas de la couleur ou bien entrevue dans le geste brutal et enfantin du rugbyman qui oublie, dans les contraintes de l'effort, les normes de la retenue. Le monde est sauvé, nous pouvons retourner à nos peines.
(Les mots sont de l'artiste, la mise en forme de Victoriano Alcantud, les guillemets du noble Bourdieu)
« Dessins » - 2006/2008
Après avoir exposé " trois adolescentes " au 49ème salon de Montrouge une boucle s'était refermée. C'est en peintre que j'ai découvert mon intérêt pour le mystère de la féminité, c'est en dessinatrice que j'ai choisi de poursuivre mes recherches. Le dessin et l'écriture sont les médiums qui portent le mieux mon propos d'aujourd'hui.
Les dessins sont réalisés sur papier à l'encre de chine et en couleur pour Clip Clope. Sans doute sensible est mis en couleur sur ordinateur pour des raisons de temps.
Clip Clope est un récit autobiographique qui m'a permis de reprendre mon indépendance par rapport au tabac. Le désir de partager cette histoire qui touche ou a touché tant d'entre nous m'a donné l'occasion de réaliser une première bande dessinée et la force d'arrêter définitivement(?) de fumer.
Sans doute sensible est une fiction construite autour de réflexions sur notre monde. Commencée à l'automne 2006 elle se découpe en épisodes plus ou moins brefs. Ce choix formel m'a permis malgré une activité professionnelle à temps partiel et une vie de famille bien remplie de poursuivre mon projet artistique. Chaque semaine un épisode est envoyé à une liste de diffusion composée d'amis et de connaissances qui s'intéressent aux aventures de Meg.
Les dessins et croquis font partie de mon quotidien. Je les réalise le plus souvent dans les transports, au parc, à la plage ou à la bibliothèque. Ce sont des gammes, des exercices d'apprentissage. Ces croquis sont aussi un journal dessiné destiné à s'enrichir progressivement.
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